Séverine CADIER

Née le 16 octobre 1966 à Talence (France).
Etudes générales en mathématiques et mécanique. Maîtrise d'arts plastiques.
Travaille les techniques de la céramique dans différents ateliers depuis 1991.

Les graines : l'échelle, le voyage, la vie, le patrimoine génétique.

Séverine Cadier, artiste réservée, travaille depuis 1999 sur la thématique des graines. Passionnée par un rapport quasi charnel avec la nature, son univers artistique fait partie intégrante de son engagement pour le développement durable et la préservation du vivant. Dans sa cosmogonie, les notions de planète, d'humus et de matière céramique sont les facettes d'un tout, objet incessant de sa quête, source d'inspiration, de travail et de félicité tout à la fois.

Elle définit son travail comme relevant plutôt de la sculpture. Le démarrage est la motte de terre qui va se transformer au fil des gestes en une œuvre graine qui aura utilisé l'ensemble de la matière et absorbé, parfois, des éléments extérieurs (bois, papier, tiges ou inflorescences voire même des outils anciens). Elle récuse la valeur scientifique de ses œuvres mettant en avant la genèse artistique de son geste, dans lequel formalisme et rigueur des mesures et du contrôle n'ont pas de place. Pour autant, la véracité botanique de ses œuvres est reconnue par de nombreuses institutions qui lui commandent des pièces (museum d'histoire naturelle de Paris, écomusée du Perche, museum de Neuchâtel, de Blois, Abbaye de Noirlac, Argileum Saint Jean de Fos, …).

L'esthétique de l’œuvre est une dimension fondamentale du propos. L’apparente légèreté de la graine, le rendu subtil des jeux de lumière et de matière sur les différentes textures, la pureté des lignes de la composition sont des quêtes formelles qui traversent le travail de Séverine Cadier. Dans un jeu de modelage, de sculpture, de subtil travail sur l'épiderme de l’œuvre, l'artiste cherche à approcher l'aspect de ces embryons animés par la puissance absolue de la vie.

Séverine Cadier pioche avec un art consommé dans sa maîtrise des multiples techniques céramiques. Ici le raku devient l'instrument de création d'un réseau de nervures, ailleurs l'enfumage donne ombres, relief et voile sur la surface d'un cotylédon.

Sa démarche est empreinte d'une volonté puissante de transmission et d'éveil à la découverte du vivant. Elle invite le spectateur à une balade dans le monde, finalement peu connu, des graines. Ces objets dont la taille passe de 2 mm à 50 cm troublent les perceptions du visiteur. De même, la transposition minérale de matériaux originairement organiques dévoie les repères de l'observateur. Un bouleversement des sens pour s'engager dans une recherche esthétique, dans un questionnement sociétal sur l'attention que nous portons au vivant, dans une quête philosophique sur les origines de la vie.

Marie-Hélène Ivorra 10 juillet 2016