Séverine CADIER

Née le 16 octobre 1966 à Talence (France).
Etudes générales en mathématiques et mécanique. Maîtrise d'arts plastiques.
Travaille les techniques de la céramique dans différents ateliers depuis 1991.

Les graines : l'échelle, le voyage, la vie, le patrimoine génétique.

Autour de nous, des milliers de graines ; sous nos pieds, sur nos vêtements, dans l'air, quand nous nous promenons. Minuscules, inaperçues, insignifiantes.
Ces trésors en puissance, contiennent les plus grands arbres, les plus belles fleurs, les plantes. Presque tous les végétaux de notre planète ont des graines, que nous savons précieuses, mais que nous ne regardons pas : elles ne sont pas à notre échelle. On les voit pourtant, mais il faut faire un effort, elle sont juste un peu trop petites pour qu'on s'émerveille de leur forme. Les enfants savent bien qu'elles sont magiques : ce grain, ce pépin, on le met dans la terre et il se transforme. Il gonfle, s'ouvre, grandit vers le ciel, il pousse, comme eux. Ce petit organisme quelconque avait l'air sec, mort, il renferme de la vie, et aussi, la recette et le matériel lyophilisé pour faire une plante entière, individu capable de se reproduire à nouveau.

La première étape de ma démarche est de copier certaines graines en les agrandissant énormément (jusqu'à 70 cm) pour mettre en évidence leur intérêt formel et le décalage entre la plante qui nous est familière et sa graine que pratiquement personne ne reconnaît . Reproduire en petit un animal ou un arbre nous est habituel, mais rare sont les représentations de l'infiniment petit. (Bien que les graines ne soient pas si petites).

Cette reproduction n'est ni naturaliste, ni scientifique mais esthétique. Les formes des graines sont en soi étonnantes et n'ont pas de pareil dans la nature à notre échelle.

La morphologie des graines et de ce qui les entoure (fruit, capsule, cosse) est le résultat de l'évolution pour une meilleure dissémination de la plante qui cherche à étendre son territoire : si elle ne lutte pas contre la concurrence, elle risque de s'envahir elle-même, de s'étouffer. Parfois, les conditions ont changé et ne lui sont plus favorables, elle doit émigrer pour ne pas disparaître. Il existe quatre modes de "locomotion" des graines ou des diaspores : l'eau, le vent, le saut ou les animaux (dans leur ventre ou sur leurs poils). On peut deviner à la forme des appendices des diaspores quelle est leur voie de dissémination.
Le voyage des graines est le deuxième thème esthétique associé à ma démarche : la forme contient l'intention, le projet de voyage. Leur infinie variété nous ouvre les yeux sur la richesse du patrimoine végétal de notre terre.

La germination . C'est le moment où les graines changent d'état : elles sortent de la dormance et sous l'effet d'une énorme énergie chimique, leur tégument éclate pour faire naître une petite plante. La radicule et les cotylédons apparaissent. La première descend vers la terre pour y chercher de l'eau et des nutriments, les autres se tournent vers la lumière pour synthétiser la chlorophylle. Quand la plante naît, la graine meurt.

Ce processus de la reproduction sexuée des plantes n'est pas sans évoquer notre propre sexualité à un niveau symbolique.

Les OGM
Le dernier aspect, et le plus important, que j'évoque à travers mes sculptures est celui du patrimoine génétique de la plante, contenu évidemment dans la graine, comme dans toute la plante. Mais comme la graine est très petite, comme concentrée et par là-même mystérieuse, je prétends que l'agrandir en ferait apparaître le code : les nervures, les stries sont des lignes d'écritures, les bosses sont des mains protectrices.
Quand j'utilise d'autres matériaux que la terre, je m'efforce qu'ils ajoutent du sens en commentant le nom ou l'usage de la graine.

Les rapports ambigus et tendus de l'homme avec le monde végétal sont le pivot de ma recherche artistique depuis 1999. Erosion génétique, brevets sur le vivant, OGM, pollution chimique, monopoles des industries des semences - qui sont aussi productrices d'engrais, pesticides et herbicides - changements climatiques, radioactivité, barrages hydroélectriques géants portent de graves atteintes à la biodiversité. Chacun de nous a sa part de responsabilité dans l'avenir de l'environnement. Pourquoi établir un rapport de force et oublier que nous faisons aussi partie de la nature, que la détruire, c'est aussi nous détruire ?